
ari idete
tonari no ana
ari to au
Entre fourmis
on se rencontre
d’un trou à l’autre
L’accompagnant yukido ne soigne pas – il prend soin – et c’est la personne accompagnée qui se soigne par les compétences involontaires de son organisme. Elle retrouve, au fil de l’accompagnement, le jus, la force, la puissance d’agir en elle et autour d’elle.
Prendre soin, c’est répondre aux besoins : la juste réponse à la juste mesure, et l’organisme détecte en lui ce frétillement qui annonce des jours meilleurs.
Selon les occasions, la main prend soin de la cheville qui vient de se tordre, des lombaires qui tirent depuis des lustres ou du cœur qui bat la chamade. Simplement, entre le quotidien de la maison et l’extra-quotidien de la pièce réservée aux soins, il y a une différence de taille : le temps et l’espace ne sont pas les mêmes dans les deux contextes.
Du savoir-faire
À la maison, la redondance vaut réflexion : chaque fois que je fais le même geste, je peux améliorer mon savoir-faire. Celui des parents avec leur enfant se développe avec les ans comme fleur au soleil ou par temps d’orage. Soulever son bébé sans qu’il sursaute ni se réveille pour le mettre au lit, lui donner son bain, le masser : tous ces gestes essentiels sont toujours à réviser. Au fil des secondes, minutes, heures et années, chaque interaction améliore notre savoir-faire. Nous sommes dans le temps qui s’étale lentement ou rétrécit précipitamment, entre projets, obligations ou espaces de liberté, ne nageant jamais dans la même eau du fleuve que nous suivons.
À l’infra-technique
Dans la pièce réservée au soin yukido, le temps-espace se suspend. On ne le suit pas, on entre dedans. Face à la versatilité du vivant, le savoir-faire fait son introspection et devient « infra-technique », une technique si fine qu’elle passe inaperçue, avec des gestes qui ne peuvent être reproduits sans perdre en efficacité. L’ensemble se vit de l’intérieur par le corps sensible et sensitif qui le perçoit immédiatement : le toucher est différent. Chacun de nous a vécu ces plongeons dans le temps-espace, ce retournement du dehors vers le dedans, du fini vers l’infini. En yukido, nous en faisons un art, où le geste spontané se réfléchit par défaut : une fois toutes les erreurs du fini évitées, il ne lui reste que l’infini du geste adéquat, cet instant qui s’enroule sur lui-même, où la main accompagnante et le corps accompagné ne font qu’un dans cet exercice du vivant à l’œuvre.
Ainsi le geste d’accompagnement doit-il se taire pour donner l’espace, le poids et le temps nécessaires à la rencontre. Il n’a aucun message à transmettre, pas d’intention ouverte ni cachée. Infiniment petit, ce geste soulève les montagnes ; ample comme le flot d’un torrent, rapide comme l’éclair, ou lent comme le souffle d’une mère, son mouvement évoque celui du pinceau du calligraphe : les possibles se déclinent par milliers, mais un seul coup est permis.
Andréine Bel