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Regagner la santé

March 2020
じゃんけんで 残る一つを 桜餅
janken de
nokoru hitotsu wo
sakuramochi
Pierre papier ciseaux
celui qui gagne
obtient le sakuramochi (1)

Akiko Noguchi

Ce texte a été préparé juste avant l’épidémie de coronavirus, je le transmets tel quel.

La santé est le plus souvent chose donnée, mais on peut la perdre, et la retrouver demande une certaine adresse avec soi-même et les autres.

« La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d'infirmité. » Cette définition de l’OMS a le mérite de considérer l’être dans son ensemble, en relation avec les autres.

En premier lieu, avoir du tact avec soi-même n’est pas évident. Notre corps est un fidèle serviteur dont on peut abuser sans même s’en rendre compte.

Il suffit de ne pas répondre au besoin de repos par exemple pour que l’activité redémarre comme si de rien n’était : le besoin se tait, au moins un moment. Il se représentera bien sûr, de nombreuses fois et en se faisant de plus en plus insistant, mais l’élasticité « naturelle » de l’organisme fait que « ça passe ».

L’activité décline si lentement que l’on n’y prête pas attention dans un premier temps. On devient plus raide physiquement : on se cogne, se foule la cheville, on tombe… Mentalement, un rien nous exacerbe, on est à vif. Le caractère devient dur, intolérant. Les réflexes sont moindres. On ne perçoit plus vraiment la fatigue en soi.

Le système immunitaire chute, la libido avec, le goût pour l’effort est remplacé par le forçage, on navigue à vue sans rien voir venir car on s’est insensibilisé à ce qui est anormal pour soi.

La maladie peut alors s’installer (2). Pour arrêter son travail de sape, il faut parfois sortir les grands moyens qui ne sont pas anodins : les effets secondaires ne concernent pas que les médicaments, la maladie impacte l’entourage. Les liens familiaux, amicaux ou professionnels se tendent ou distendent, on peut avoir tendance à s’isoler.

Redonner voix au corps, c’est accorder du crédit aux sensations et besoins exprimés pour savoir quelle réponse leur apporter. Cela paraît simple mais souvent on fait exactement l’inverse de ce que le corps demande : s’agiter quand il nous faudrait rester immobile, se relaxer quand il nous faudrait nous tendre, mettre du froid pour anesthésier la douleur quand les chairs réclament du chaud pour guérir…

Lâcher les commandes, privilégier la volonté du corps sur celle de nos conditionnements mentaux, cela peut se faire par l ‘écoute attentive aux sensations internes : elles alertent, guident et déjà agissent.

Contre la pierre « tension », les ciseaux « détente volontaire » n’ont que peu d’effet ou bien s’abîment. Seule la feuille « attention » va prendre en compte l’origine du problème. Une dispersion des forces de l’organisme à la suite d’un choc, une chute, un deuil etc. fait que le corps se rassemble et recentre, et pour cela, se tend. La tension est donc déjà une réponse à un besoin de cohésion. Ce point de vue change la donne.

Au lieu de lutter contre mes tensions musculaires, je vais avec elles. Et le corps se met à se contracter, tordre, vibrer, trembler, se distendre… Les solutions sont aussi imprévues qu’innovantes. Avec ma carrière de danseuse, je me demandais ce que j’avais fait jusqu’à cette expérience de l’éveil des sensations et des muscles. Ces mouvements étranges exercent un dialogue aussi créatif que respectueux entre le corps et son histoire propre, comme un reflet vivant de son vécu avec son entourage, environnement, pays… Dans cet échange, tout influe : son savoir, ses sentiments, son rapport au monde.

« Tout est sensible ! Et tout sur ton être est puissant ! » disait déjà Nerval (3).

Andréine Bel

1) La feuille qui entoure le gâteau appelé sakuramochi au Japon est celle du cerisier à fleurs, connue pour ses propriétés antiseptiques, de manière à éviter par exemple les caries dentaires… que pourrait causer le gâteau.
2) Un ami médecin généraliste me disait que 60 à 80% des cas qu’il recevait dans son cabinet avaient pour dénominateur commun une fatigue non écoutée.
3) Vers dorés, Gérard de Nerval (1808 - 1855)

Le vocabulaire du yukidō

Éveil des muscles : pratique élaborée par les ateliers du Tilt à partir de 2008, essentielle dans le yukidō. Échauffement par lequel la sensation des muscles et chaînes musculaires indique peu à peu au corps entier leur besoin en mouvement et comment y répondre spontanément. L’organisme se dynamise et se rééquilibre structurellement par ce processus.
https://www.leti.lt/wordpress/danseforum-eveilsdessensationsetdesmuscles/

Éveil des sensations : pratique initiée par les ateliers du Tilt à partir de 2005, essentielle dans le yukidō. Échauffement par lequel la sensation interne la plus prégnante est accueillie inconditionnellement, pour la laisser mouvoir le corps en se positionnant spontanément selon ses besoins, et l’émouvoir au sens littéral du terme. L’organisme se sensibilise et se rééquilibre fonctionnellement par ce processus.
https://www.leti.lt/wordpress/danseforum-eveilsdessensationsetdesmuscles/

Sensation interne : sensation que le sujet rapporte à son corps, à une partie de son organisme.