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Confiance et homéostasie

November 2019
お仕着せの 晴れ着ばかりの 七五三
oshikise no
haregi bakari no
shichi go san
Les enfants des serviteurs –
leurs plus beaux habits
pour invoquer les dieux

Akiko Noguchi

Espérer que la vie se déroulera le mieux possible pour nos enfants, chercher à plaire aux dieux, cela fait partie de nos croyances, celles que l’on cultive comme un jardin partagé. Ce jardin a-t-il besoin qu’on croie en lui à son tour ? La nature nous incite à lui faire confiance pour mieux la préserver.

Au départ, il y a ce que Spinoza nommait Conatus : « Chaque chose, autant qu’il [le Conatus] est en elle, s’efforce de persévérer dans son être. » C’est une force irrépressible (note 1) qui agit en nous : elle fait battre notre cœur pour la vie comme pour l’aimé. Elle nous permet de digérer aliments et événements. Elle nous alerte du feu trop chaud, de la tension ou pression trop fortes, des mouvements trop ralentis, ou trop rapides...

La médecine a donné un nom savant et fédérateur à ce phénomène : l’homéostasie. Ce processus d’autorégulation permet à l’organisme de conserver en équilibre son milieu intérieur. Cette manifestation va nous amener à agir pour notre bien, en répondant aux besoins.

L’écoute des besoins de l’enfant commence dès la naissance, et cette écoute est « involontaire ».

Le nouveau-né signale sa faim ? La montée de lait s’active, le mamelon et son aréole guident sa bouche vers le sein par l’odeur qu’ils exhalent.

Le bébé babille ? La maman prend sa voix perchée et double certains sons : c’est le langage qu’il comprend pour apprendre.

C’est l’heure de manger ? Le papa ouvre la bouche en même temps que son enfant pendant qu’il lui donne la petite cuillère. C’est irrépressible, les neurones miroirs ne nous laissent pas le choix, ils favorisent le lien. Tous ces agissements non seulement préservent la vie, mais la cultivent depuis toujours.

En cultivant la vie, elle s’enrichit. Damasio (2017) parle de la culture comme d’une homéostasie à part entière.

Quand la culture prend la forme de l’art, elle commence dès le plus jeune âge. Les bébés ont des oreilles tout neuves pour écouter les plus belles musiques, des yeux tout neufs pour regarder les plus beaux tableaux. Leur odorat délicat a besoin de parfums intègres, leur goût des saveurs les plus authentiques.

La culture de prendre soin de soi et des siens est un bonheur du quotidien. Les bercements, bains, massages, touchers de la sensation sont autant de bienfaits pour l’enfant et pour l’adulte qui lui prodigue ses soins.

L’art nourrit comme le lait de la mère, comme l’hébétude du père qui n’en revient pas de tant d’appétit, comme l’éclat de rire de l’enfant devant les cabrioles cocasses de son chat. L’art du monde c’est de vivre, et c’est l’homéostasie qui accomplit ce miracle depuis le début de la vie sur terre.

Confiance et homéostasie se donnent la main, cet appétit de vivre...

Note 1 : Schopenhauer parlait de « Wille » au sens d’un désir universel de vivre, une volonté irrépressible, aveugle et sans but qui se manifeste malgré nous et de toutes les manières possibles. Le yukidō, à la suite du seitai, inclut ces notions de Conatus et de Wille dans l’involontaire, tout ce qui se fait de soi-même, sans l’aide de notre volonté intentionnelle.

Référence livre

Damasio, Antonio (2017). L’ordre étrange des choses. La vie, les sentiments et la fabrique de la culture. Paris : Odile Jacob.

Glossaire

Conatus

Du latin conari, effort. Selon Spinoza (1677), la capacité singulière de chaque être à persévérer pour conserver et augmenter sa puissance d’être.

Homéostasie

Homéo : semblable ; stasie : situation. Tendance de l’organisme à maintenir ou ramener les différentes constantes physiologiques (température, débit sanguin, tension artérielle, etc.) à des degrés qui ne s’écartent pas de la normale (TLF).

Neurones miroirs

Catégorie de neurones du cerveau qui présentent une activité aussi bien lorsqu’un individu exécute une action que lorsqu’il observe un autre individu (en particulier de son espèce) exécuter la même action, ou même lorsqu’il imagine une telle action, d’où le terme miroir.
https://fr.wikipedia.org/wiki/Neurone_miroir

Toucher de la sensation interne

Désigne en yukidō le contact entre deux sensations internes, celle de la main avec celle de la partie accompagnée. La main fait abstraction des sensations externes à elle (qui lui indiquent pouls, péristaltisme, forme et emplacement des organes, résistance des tissus etc.) pour percevoir la température, la consistance et le mouvement internes des flux qui animent les organes et fluides corporels.

Involontaire (l’)

Le yukidō émet l’hypothèse d’un involontaire qui serait au corps ce que l’inconscient est à l’esprit. Ce terme fait référence aux actions du système nerveux autonome et des systèmes endocrinien et immunitaire qui assurent les processus de régulation interne avec l’homéostasie et l’homéorhèse.